SANTÉ : Les pharmaciens payés pour de nouvelles missions

ÉQUILIBRE FRAGILE DE L’ASSURANCE-MALADIE

elle que ce sont les salariés-assurés qui alimentent la manne par des prélèvements sur leurs salaires.

Une révolution à l’œuvre dans les pharmacies : une nouvelle convention, conclue le 29 mars entre l’assurance-maladie et les trois syndicats de la profession, prévoit un changement du mode de rémunération des pharmaciens.

Les vingt-deux mille officines françaises, jusqu’alors rétribuées en fonction du nombre de boîtes de médicaments vendues et de leur prix, seront désormais aussi payées par la Sécu pour de nouvelles missions, comme le stipule la loi HPST (Hôpital, patients, santé, territoires), votée en 2009.

La nouvelle convention prévoit d’octroyer aux pharmaciens des « honoraires de dispensation », autour d’un euro par ordonnance, pour rémunérer les conseils donnés lors de la délivrance de médicaments. Un paiement forfaitaire est également à l’ordre du jour pour le suivi spécifique, sous forme d’entretiens, de patients asthmatiques, prenant des anticoagulants ou des traitements de substitution à la drogue. Enfin, les officines pourront percevoir une prime, dont le montant variera en fonction d’objectifs de santé publique, tels que la part de médicaments génériques délivrés. Les modalités précises de l’accord seront définies dans un avenant prévu à l’automne. Les nouveaux modes de rémunération entreront progressivement en vigueur à partir de 2013, avec l’objectif qu’ils représentent 25% des revenus des officines d’ici à cinq ans.

ÉQUILIBRE FRAGILE DE L’ASSURANCE-MALADIE

Les patrons d’officines accueillent d’un bon œil ces transformations. Parce qu’elles actent la reconnaissance du pharmacien comme professionnel de santé à part entière au sein du système de soins. Mais aussi parce qu’elles leur permettent de ne plus dépendre uniquement des marges sur le médicament, dans un contexte de stagnation du volume des ventes et de plans d’économies gouvernementaux entraînant déremboursements ou baisses des prix des médicaments. Du côté de FO, on est plus circonspect. « L’approche du gouvernement vis-à-vis des pharmaciens incite à de nouvelles dépenses par de nouvelles rémunérations, alors que l’on demande parallèlement aux assurés de faire encore des efforts », indique Jean-Marc Bilquez, Secrétaire confédéral FO chargé de la Protection sociale. « L’assurance-ma-ladie n’est pas un payeur virtuel, ce sont les salariés-assurés qui alimentent la manne par des prélèvements sur leurs salaires. » Le responsable FO, qui n’est pas opposé aux « intentions politiques » de la nouvelle convention conclue avec les pharmaciens, s’inquiète toutefois de ses « conséquences financières », en raison de « l’équilibre fragile des comptes de l’assurance-maladie ».

Même son de cloche à la Fédération FO de la Pharmacie, qui représente les salariés du secteur. Si Olivier Clarhaut, représentant FO des officines, estime que « ce qui va dans le sens d’une amélioration de l’économie de l’officine peut bénéficier aux salariés, notamment en terme de salaires », il pointe les limites du nouveau système de rémunération, qui va entraîner « des dépenses en plus pour l’assurance-maladie ». « Qu’est-ce qu’on va mettre en terme de recettes pour financer ces mesures ? », s’interroge-t-il.

L’assurance-maladie ne prévoit pas d’enveloppe financière spécifique. Elle table sur les économies obtenues par la vente des médicaments génériques... 

Source : article paru dans FOH n°3026 daté du 11 avril 2012