Élection TPE : attention au trompe-l’oeil !

À moins d’un mois du début des opérations de vote de l’élection TPE (28 novembre – 12 décembre), les listes de candidatures sont maintenant publiques.

Et, pour qui identifie les principales organisations syndicales, il y a de quoi être étonné. On connaît en général les trois principales organisations syndicales françaises, présentes, au niveau national comme au niveau local, de longue date. FO en fait partie. Elle fut à l’origine des grandes négociations, et elle y est toujours active aujourd’hui, qui ont contribué à fonder la protection sociale (assurance-maladie, retraite et assurance-chômage). Forte de 15000 syndicats, FO est aussi présente au quotidien dans tous les départements, y compris outre-mer, dans de nombreuses localités et dans les entreprises sur le front des salaires, de l’emploi, des conditions de travail. Mais les salariés des TPE vont découvrir, en recevant les bulletins de vote, des noms d’organisations qu’ils ne connaissaient, en général, pas jusque-là ! Et pour cause, elles sont le plus souvent seulement présentes dans certaines catégories de fonctionnaires (Éducation nationale en particulier) et n’ont aucune existence réelle et effective dans les entreprises. Elles s’affublent de qualificatifs auxquels tout un chacun peut adhérer : « unitaire », « solidaires » ou encore « autonomes »... Qui n’aspire pas à l’unité, à la solidarité et à l’autonomie de fonctionnement ? Mais elles sont totalement absentes des négociations des conventions collectives qui concernent les salariés des TPE puisque n’ayant aucune expérience et représentativité dans le secteur privé. Moins « exotiques », on trouve aussi des syndicats corporatistes, se limitant à un secteur d’activité, comme un syndicat de gardiens d’immeubles, se disant indépendant, un autre de prothésistes dentaires ou bien encore de services de l’automobile. Dans certaines régions et certains secteurs d’activité, les salariés des TPE auront à choisir leur vote parmi une liste de plusieurs dizaines de candidatures, dont ils n’auront, pour la plupart d’entre elles, jamais entendu parler et dont ils n’entendront plus parler avant longtemps ou avant la prochaine élection ! Car le problème est bien là. La loi et les décrets organisant l’élection TPE sont peu contraignants. Il suffit, pour pouvoir se présenter, de satisfaire « aux critères de respect des valeurs républicaines et d’indépendance », et d’avoir déposé des statuts de syndicat, que celui-ci soit réel ou fictif, deux ans avant l’échéance.

Une élection à prendre au sérieux

Alors qu’il y a déjà lieu de s’inquiéter du taux de participation, une telle dispersion et un tel manque de sérieux risquent de décourager les moins bien informés des réalités économiques, sociales et syndicales.

Quel critère retenir finalement ? Ne pas oublier que cette élection TPE contribuera à la représentativité syndicale au niveau national et au niveau de chaque convention collective. Mais le résultat viendra s’agréger aux élections ayant lieu dans les entreprises de plus de 11 salariés. Au final, seules les organisations syndicales véritables, c’est-à-dire ayant une existence et une activité réelles à tous les niveaux, demeureront représentatives et en capacité d’agir efficacement dans l’intérêt des salariés des TPE. Alors mieux vaut ne pas se tromper. Car, comme le dit FO, il n’y a pas de Très Petite Élection et celle-ci, malgré les difficultés, doit être prise au sérieux.