Philippe Auzou, comptable chez un notaire : « J’ai mis plusieurs fois ma démission dans la balance pour évoluer »

Responsable FO de Saône-et-Loire, Philippe Auzou (56 ans) travaille dans une étude de cinq salariés où il est comptable depuis une trentaine d’années. 

Quel regard portez-vous sur votre expérience dans le notariat ?

Philippe Auzou : Disons que, jusqu’en 2011, j’ai dû lutter contre le fait du prince : être toujours disponible, se dépenser presque sans compter et dire en plus « merci mon Seigneur ! ». Je caricature un peu, mais c’est quelque part l’impression que me laisseront mes trente ans de service auprès d’un patron d’étude à l’ancienne. Un digne représentant du paternalisme d’antan. Figurez-vous que j’ai mis plusieurs fois ma démission dans la balance pour évoluer. La première fois, c’était pour avoir un salaire au niveau de ce qui se faisait sur la place. Ma rémunération (au SMIC) avait alors pu être doublée. La dernière, c’était pour entériner mon statut de cadre.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Philippe Auzou : Avec le jeune notaire qui a repris la charge de mon ex-patron parti en retraite, les choses sont en train de changer, même si je ne m’attends pas à une « révolution » sur la manière de bosser. En plus de ma fonction de comptable, je continue d’assurer des négociations avec les clients, de réaliser des actes, gérer des relations avec les tiers, s’occuper des gérances locatives ou trouver des acquéreurs de biens immobiliers. Et c’est valable aussi pour mes trois collègues femmes (clercs de notaire et négociatrice immobilière). Mais le problème n’est pas tant la charge de travail –on se débrouille toujours entre salariés– que le manque de reconnaissance professionnelle.

C’est l’un de vos combats de syndicaliste au sein de FO ?

Philippe Auzou : Oui, travailler à un meilleur déroulement de carrière est primordial vu le niveau d’études et de qualification exigé. C’est d’ailleurs dans l’intérêt de la profession aux prises désormais avec un turnover important, l’ancienneté entreprise est en moyenne de deux ans. Et pour cause, les jeunes recrues n’hésitent plus à changer souvent de patron. Et même à se tourner vers d’autres professions libérales (avocats, huissiers...) pour obtenir de meilleures conditions de travail et de rémunération.