La pharmacie : un commerce comme les autres ?

La pharmacie : un commerce comme les autres ?

Malgré une activité qui reste l’une des plus lucratives, les salaires conventionnels ont été bloqués pendant trois ans par un patronat plus prompt à négocier des contreparties financières auprès de la Sécu.

La pharmacie d’officine n’est pas un commerce comme les autres. Aucun professionnel du secteur ne dira le contraire. Pourtant, l’image des apothicaires d’antan semble bel et bien révolue. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer le nombre croissant d’officines qui adoptent les codes marketing de la grande distribution : visibilité de l’enseigne à l’extérieur, rationalisation de l’espace, promotion et communication par affichettes sur le lieu de vente, prime de rendement pour les salariés...

Une telle évolution serait liée au développement d’une concurrence accrue sur le créneau de la parapharmacie, impulsée notamment par les supermarchés Leclerc, mais aussi à l’agressivité commerciale des laboratoires pharmaceutiques, ainsi qu’aux ventes de produits sur des sites internet étrangers. D’aucuns évoquent également l’explosion de l’automédication, résultant de la contraction au cours des dernières années des dépenses publiques de santé (déremboursements, franchises médicales).

Les organisations professionnelles du secteur assurent désormais vouloir vendre moins et conseiller plus les usagers... à condition que les officines soient rémunérées en conséquence par l’assurance-maladie. Dans le cadre de la loi Bachelot (2009), elles viennent d’obtenir gain de cause. Sous la houlette du gouvernement Fillon, les professionnels du secteur ont signé fin mars une convention avec la Sécu qui prévoit de rétribuer leurs services (Journal officiel du 7 mai 2012). En plus des actuels forfaits fixes (0,53 centime par boîte de médicament vendue) et des pourcentages sur le prix de vente (de 6% à 26% de marge commerciale, selon les produits), les officines pourront dorénavant percevoir des forfaits supplémentaires pour le conseil et/ou le suivi des patients.

« ON LEUR DEMANDE D’EN FAIRE TOUJOURS PLUS » 

Et les salariés dans tout ça ? « C’est là que le bât blesse », tempête Olivier Clarhaut du Syndicat FO des salariés de la pharmacie d’officine. Il aurait voulu que « le patronat de la branche soit autant actif pour réévaluer leurs conditions de travail, de rémunération et le déroulement de carrière ». Par exemple, pour faire aboutir la réforme du diplôme des préparateurs en pharmacie, initié par FO et porté par la branche elle-même. « Le patronat n’a pas fait montre d’une grande célérité auprès des pouvoirs publics pour instituer ce projet de diplôme d’État devant relever du ministère de la Santé (formation par alternance en trois ans) », souligne le syndicaliste.

Pour FO, donner de nouvelles perspectives de carrière à ces salariés, qu’ils soient pharmaciens adjoints ou préparateurs, passe avant tout par des salaires à la hauteur de leurs compétences, de leurs qualifications et de leurs responsabilités en matière de santé publique. « On leur demande d’en faire toujours plus pour satisfaire les usagers-clients, sans aucune reconnaissance en retour », dénonce Olivier Clarhaut. « Bien qu’ils travaillent dans un secteur très lucratif par rapport à la moyenne, leurs salaires conventionnels ont été bloqués entre janvier 2009 et novembre 2011, soit une perte nette de pouvoir d’achat de 3,86% », explique-t-il. Et « si nous avons accepté à contrecœur les 2,3% d’augmentation des minima au 1er janvier 2012, ajoute-t-il, c’est uniquement pour tenir compte de l’attente des salariés après ces trois dernières années de blocage ». Quoi qu’il en soit « après l’accord conclu en mars entre le secteur et la Sécu, FO a bien l’intention de revenir à la charge pour des salariés qui n’ont pas vocation à être une simple variable d’ajustement économique ».

Olivier Clarhaut

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