Dialogue social aphone dans la branche de la Papeterie, des fournitures de bureau, de bureautique et informatique

Les négociations sont si difficiles qu’elles se font désormais en présence d’un inspecteur du travail. Elles bloquent en particulier sur l’évolution des minima salariaux, qui sont systématiquement rattrapés par les hausses du SMIC en cours d’année.

Rien ne va plus ou presque au niveau de la branche Papeterie, fournitures de bureau, bureautique et informatique ! C’est en substance le constat désabusé que fait Brice Bellon de la Fédération FO des Employés et Cadres (FEC FO). Depuis quelques années, il déplore une dégradation constante du dialogue social au détriment des salariés en général et de ceux des TPE en particulier. « Jusqu’en 2008-2009 les discussions autour de la convention collective étaient constructives, notamment avec une évolution correcte des salaires », rappelle le négociateur FO. C’était avant que certains représentants des grandes entreprises du secteur ne décident de donner une autre tournure aux négociations, au regard de leurs seuls intérêts. Ou plutôt de ceux de leurs actionnaires. « Pour eux, le “coût du travail” doit être, quoi qu’il advienne, une variable d’ajustement au profit des bénéficiaires de leurs dividendes », résume Brice Bellon avant de préciser qu’ « un des négociateurs patronaux, qui freine des quatre fers les discussions salariales, travaille pour une société… propriété d’un fonds de pension américain. »

Conséquences, les minima conventionnels sont systématiquement rattrapés par les hausses du SMIC en cours d’année. « Car les représentants de grandes enseignes au sein de la branche font en sorte que les coefficients de rémunération restent les plus bas possible pour permettre à leurs DRH de circonscrire les pourparlers salariaux… lors des négociations annuelles obligatoires (NAO) », explique FO. C’est pourquoi le syndicat ne signe plus aucun accord de branche sur les salaires depuis quatre ou cinq ans. À cet égard, le dernier accord sur le sujet (21 mars 2012) a été approuvé par la seule CFDT. Il y a d’autres questions, comme l’égalité hommes-femmes, que le patronat refuse carrément d’aborder, sous prétexte du peu d’entités de plus de 50 salariés concernées dans la branche. Le dialogue social étant devenu pour le moins aphone, les discussions patronat-syndicats se font désormais sous la médiation d’un inspecteur du travail, dans le cadre d’une commission mixte paritaire.

74% de TPE

Le problème vient du fait que toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, sont représentées par une seule organisation patronale : la Fédération de l’Équipement du bureau et de la Papeterie (FEB). Les positions pragmatiques des représentants de TPE qui forment le vivier de la branche (74%) sont dès lors happées par les desiderata des grandes enseignes.

« Étant indexées sur les masses salariales des entreprises, les cotisations des TPE à la FEB ne font pas le poids face aux “gros pourvoyeurs de fonds” de cette fédération », estime Brice Bellon. Rappelons au passage que c’est une manière de fonctionner propre aux organisations patronales, alors que les syndicats défendent eux les intérêts de tous les salariés sans exception.

« À terme, ce type de politique sociale est suicidaire pour les TPE qui ont besoin de personnels qualifiés et respectés », insiste le négociateur de la FEC FO, selon qui « ce constat est partagé par la plupart des mandataires de ces entreprises (de moins de 11 salariés), qui subissent par ailleurs une concurrence déloyale sur les prix à la vente de leurs produits ». Par ailleurs, il tient à indiquer que les patrons de TPE traitent en général bien les salariés dans leur entreprise. Pour toutes ces raisons, Brice Bellon appelle les employés des TPE à voter massivement aux élections syndicales prévues à la fin de l’année, afin de donner plus de force aux revendications des syndicats, en particulier de FO.